Énaction ou la transformation apprenante

09 Juin 2015, Posté par Claire de Wailly dans identité professionnelle, Pédagogie

Comment la connaissance d’un champ de coquelicots nous transforme-t-elle ?

Une cellule à l’approche d’un corps sucré secrète des hormones et se transforme. Elle va absorber le sucre et faire dimininuer la concentration sucrée progressivement. Ainsi le milieu la transforme et elle transforme le milieu. Il y a action de la cellule vers la zone sucrée et sensation du sucre sur la cellule.

« La perception est une action guidée par la perception » et « les structures cognitives émergent de shèmes sensori-moteurs qui permettent à l’action d’être guidée par la perception », explique F. Varela, neurobiologiste chilien. Il y a ainsi interaction entre la perception et l’action. C’est le principe de l’énaction développé par ce chercheur.

Il en est de même de la connaissance, la connaissance nous transforme et nous transformons le monde qui nous entoure et qui constitue la connaissance.

Prenons l’exemple d’un champ de coquelicots que nous contemplons. Nous pouvons les voir comme des simples taches rouges ce qui nous donnera envie d’en faire une peinture impressionniste à l’image de Monet. Nous pouvons aussi les voir comme des potentiels graines à ramasser et à planter dans notre jardin. Nous pouvons aussi les voir comme une beauté éphémère qui nous ravit. Quel que soit l’action que nous ferons suite à l’observation de ce champ, elle sera fonction de ce que nous avons vu. Et si nous apprenons davantage sur les coquelicots, l’impact en sera supérieur.

« La connaissance est une interprétation permanente qui émerge de nos capacités de compréhension », poursuit F. Varela. Notre champ de coquelicots sera pour certains une inspiration pour une peinture, pour d’autres un lieu d’expérimentation de reproduction de plantes, ou encore une beauté reposante… « La connaissance ne prééxiste pas en un seul lieu ou une forme singulière, elle est à chaque fois énactée. A mesure que les actions changent, la perception du monde fait de même. Vivre en ce que vivre est le plus originaire, c’est déjà comprendre son monde et, au fond, se le donner. Et s’il n’y a de vivre que dans l’agir, alors le vivre et l’action sont déjà dans le monde et donc la perception », explique-t-il.

La mise en mouvement d’actions qui transforment la perception et le monde est l’objectif que des formations peuvent chercher à atteindre. Quel est l’objectif de la formation que j’anime ? Faire changer le regard des stagiaires sur leur pratique pour qu’ils agissent autrement dans leur écosystème ? Comment je mène ces actions ? Est-ce que je cherche aussi à changer mon regard pour accompagner le changement de regard ?

De belles perspectives de travail avec la beauté et l’humilité d’un champ de coquelicots.

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